A.A.E.P.G. LA GOUESNIÈRE

A.A.E.P.G. LA GOUESNIÈRE

L'annexion de Bonaban

   C'est en 1804 seulement que les paroisses de La Gouesnière et Bonaban sont réunies au spirituel. 
   Bonaban commence à trembler pour son existence dès 1816, car il est alors question ou de réunir Bonaban à Saint-Guinoux, ou de joindre à ces deux communes celle de La Gouesnière....

   Le 23 juin 1816 a lieu une séance mémorable du Conseil municipal de Bonaban et le maire, Guillaume Lecoulant, proteste (il s'était déjà battu en 1806 pour conserver son église …) :


   "Monsieur le Maire a invité messieurs les membres du Conseil à délibérer mûrement et à émettre librement leur opinion sur ce sujet de réunion. Sur quoi, après avoir mûrement réfléchi et délibéré, messieurs les Membres du Conseil, à l'unanimité absolue ont déclaré et déclarent qu'ils sont extraordinairement surpris que sous le règne d'un roi si justement surnommé le Désiré, (il s'agit de Louis XVIII), que la Providence a ramené sur le trône de ses pères pour cicatriser les plaies de la Révolution,

réparer tous les torts, rétablir les droits légitimes et faire oublier toutes les injustices, ils sont, dis-je, extraordinairement surpris, que sous un règne aussi bienfaisant et aussi tutélaire, on veuille leur enlever leurs droits et jusqu'au nom de leur commune qui existait bien des siècles avant La Gouesnière, et ce, pour les incorporer à une commune pour laquelle celle de Bonaban n'a jamais eu la moindre sympathie pour ne pas dire plus. Tous les Membres du Conseil, Maire et adjoint, ont donc résolu tant en qualité de corps délibérant, qu'en leur privé nom et celui de tous les habitants de Bonaban - ad unum - de protester contre cette réunion et protestent tous. 

 

  Protestation 1 : Parce que l'esprit, les moeurs et le caractère des habitants des deux communes sont inconciliables ; l'habitant de La Gouesnière ayant toujours été inquiet, remuant, turbulent, ambitieux, prossessif ; tandis que Bonaban s'est toujours montré doux, concordant, tranquille et paisiblement soumis aux lois et aux événements.
 

   Protestation 2 : Parce que l'habitant de Bonaban n'a pas encore oublié et n'oubliera jamais que La Gouesnière lui a impitoyablement vendu son presbytère et les terres y adjacentes, qu'il a démoli son église, aliéné son cimetière, fouillé sans respect les ossements de ses ancêtres qui y reposaient depuis tant d'années et pour s'approprier ces dépouilles que la prudence et la fermeté des habitants de Bonaban avaient eu tant de peine à soustraire aux ventes révolutionnaires. 

   Prostestation 3 : Parce que les pauvres de Bonaban n'oublieront jamais que La Gouesnière s'est emparée d'une somme de deux mille francs que M. Giffart, dernier recteur et décimateur de Bonaban, avait envoyée peu de jours avant sa mort, probablement sans doute, pour les pauvres de la paroisse où il avait gagné toute son aisance par la dîme qu'il y prélevait à l'onzième qui y était évaluée de 3 à 4 mille livres de revenu annuel, et non pour les pauvres de La Gouesnière, où ledit recteur n'avait jamais eu ni exercé aucun droit, et n'avait par conséquent pu contracter aucune obligation de devoir ou de reconnaissance, et que MM. de La Gouesnière font la distribution de cette somme ou de son intérêt comme bon leur semble, sans la participation ni l'avis des autorités de Bonaban et n'en donne pas le cinquième à ses pauvres, et ne se sont pas contentés de mille livres que le digne recteur avait bien voulu leur donner. 

   Protestation 4 : Parce que si sa Majesté, Louis le Désiré, pour le bien être de la religion, rétablissait les anciens évêchés, comme ils étaient avant la Révolution, il faudrait une nouvelle scission, les deux Communes étant de deux évêchés différents, savoir, Bonaban de l'évêché de Dol, et La Gouesnière de l'évêché de Saint-Malo. D'ailleurs, les intérêts et les droits des deux communes sont entièrement différents. 

   Protestation 5 : Parce qu'il a été enlevé à un paquet chez la feue Jeanne Houitte, contenant une croix de cuivre argenté, un calice et divers autres accessoires d'église dont nous avons le reçu ; que les cloches de Bonaban ont été fondues pour aider à faire celles de La Gouesnière et que l'encensoir, le vase des fonts baptismaux etc., sont de Bonaban. 

  Protestation 6 : Parce que Bonaban possède toutes les maisons bourgeoises et notamment le château dit de Bonaban, que ce sont les anciens propriétaires de ce château qui avaient fondé, doté et entretenu notre église, et que ce sont encore eux qui ont fondé et décoré, tant en statues qu'en ornements, etc ... celle de La Gouesnière ; qu'ils avaient aussi fondé dans la dite commune une maison de charité pour la médecine et l'éducation des pauvres, que de plus ledit Bonaban contient le patrimoine d'anciennes familles qui ont fait et font encore journellement le plus grand bien aux pauvres et aux habitants de toutes les communes circonvoisines qui sont accoutumées à venir, et ne viennent jamais inutilement, chercher des secours et des soulagements dans leurs maladies, leurs infirmités et leurs besoins ; nous pensons donc qu'outre que ce serait remettre les châteaux sous la dépendance des chaumières, il serait de la dernière ingratitude d'anéantir où de consentir à l'anéantissement du nom d'une commune où des êtres aussi bienveillants vécurent et donnèrent et donnent encore journellement d'aussi beaux exemples de charité et de bienfaisance.

 

   Protestation 7 : Parce que les relations qu'ont eu et qu'ont encore plusieurs habitants de Bonaban avec les autres parties du royaume et pays étrangers pourraient être grandement compromises et dérangées si on rayait de la liste des communes, celle de Bonaban qui est connue et marquante depuis tant de siècles. Prions en conséquence les autorités supérieures d'agréer et faire agréer aux justes réclamations à ceux qui doivent décider de notre sort et de ne pas ravir à Bonaban son existence et son nom".    


René, en Maire de Bonaban, relit pour la circonstance, la protestation des élus et administrés de 1816 et va la remettre symboliquement à M. le Maire de La Gouesnière.

 

 

 

   Bonaban restera commune jusqu'en 1829, date à laquelle le roi Charles X, décide son annexion (Bonaban compte alors environ 200 habitants) à la commune de La Gouesnière par une ordonnance du 8 juillet 1829. 

sources : "La Gouesnière et Bonaban" de Jh Viel ; archives municipales de Bonaban (AD 35) ;

photo : J.F. 

 



19/09/2012
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