A.A.E.P.G. LA GOUESNIÈRE

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Enfance à Saint-Malo (1940/1943)

   Il revient à ma mémoire des souvenirs familiers, ainsi commence « Douce France », célèbre chanson de Charles Trénet.

   Il revient à ma mémoire des souvenirs d’une époque un peu moins douce de mon enfance à Saint-Malo…

   Juin 1940, l’armée anglaise, en garnison à Saint-Malo, évacue ses effectifs sur tous les bateaux disponibles, laissant sur place vivres et matériel. Une épaisse fumée noire obscurcit rapidement le ciel, le dépôt d’essence brûle, saboté par les Anglais afin qu’il ne tombe pas aux mains de l’ennemi.

   Le lendemain, l’avant-garde motorisée de l’armée allemande pénètre dans la ville, marquant le début de mon enfance sous l’occupation. Globalement, cette période fut bénéfique pour moi. Je m’approchais des bateaux, des marins compatissants me donnaient à manger. Il en était de même dans les hôtels-restaurants qui bordaient les remparts, également occupés par la marine allemande. En cette période de disette, j’avais pour eux la reconnaissance  du ventre. Cette situation me procura mon premier emploi. Déjà !

   Le soir, je retournais aux bateaux afin de vendre le Parizer Zeitung, l’équivalent allemand de notre Paris Soir de l’époque. La nuit, je faisais la tournée des bars à matelots du bas de la ville pour vendre mes journaux.

   Mes pas me ramènent souvent vers la cité corsaire chère à mon cœur, dans mon quartier, sur le port, le long du rivage. Partout où mon regard se pose, je me souviens… Sous la porte des Champs-Vauverts, cette anfractuosité dans la roche où je m’abritais pendant les alertes et d’où je pouvais voir ce qui se passait dans le ciel : les bombardiers qui arrivaient au-dessus du port, les chasseurs allemands qui montaient, cette forteresse volante touchée au-dessus de Dinard qui s’est abîmée en mer, l’équipage qui a sauté en parachute…

   Je me souviens également du roulement de tambour du garde-champêtre annonçant, quelques heures plus tard, le retour d’un prisonnier pour celui ou celle qui aiderait à retrouver un parachutiste américain…

   Un dernier regard vers la porte Saint-Pierre où était entreposé le bois de coffrage de l’Organisation Todt. Les soirs d’hiver, je me faufilais sous le balayage d’un projecteur du bastion de la Hollande afin de récupérer quelques morceaux de bois que nous mettions dans le poêle…

  Il revient à mon oreille cette chanson indissociable de cette époque interprétée par Marlène Dietrich, « Lily Marlène », que l’on entendait partout.

  Juin 1943, je quittais mon vaisseau de granit pour les rives verdoyantes de la Charente. La seconde partie de mon enfance commençait…

Témoignage d'André Lebreton



18/12/2010
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